Domaines les plus sollicités par les bénévoles : une analyse détaillée

60 %. C’est la part des missions de bénévolat qui se concentrent sur moins de cinq secteurs, en France. Un chiffre qui bouscule l’idée reçue d’une offre uniforme et multiforme. Les centaines d’associations actives dans des domaines variés peinent à inverser la tendance : la majorité des postes bénévoles se concentre, année après année, dans la même poignée de secteurs. Tandis que certains affichent liste d’attente et rotation rapide, d’autres cherchent désespérément à attirer ne serait-ce qu’un candidat par mois. Ce déséquilibre, loin d’être conjoncturel, s’accroche depuis plus de dix ans, sans réelle corrélation avec la création de nouvelles structures.

Panorama des secteurs associatifs qui attirent le plus de bénévoles aujourd’hui

Difficile de passer à côté du secteur sportif lorsqu’on parle d’engagement associatif en France. Les statistiques tranchent : plus de 60 % des bénévoles s’investissent dans le sport, la culture ou les loisirs selon les dernières études coordonnées par France Bénévolat, l’IFOP et le Crédit Mutuel. Les clubs sportifs locaux jouent un rôle de colonne vertébrale du tissu social : sur 1,3 million d’associations recensées par l’Insee en 2021, une part non négligeable gravite autour de l’activité physique et du sport amateur.

À leurs côtés, le domaine culturel tient une place de choix. Festivals, troupes, écoles de musique ne pourraient fonctionner sans des équipes bénévoles dynamiques et souvent diplômées, cherchant un engagement collectif où le sentiment d’utilité se mêle à la convivialité. Les loisirs suivent cette même tendance, portés par la richesse de l’offre et la proximité avec les habitants.

Dans le secteur sanitaire et social, l’implication bénévole reste traditionnelle, mais les derniers bouleversements sanitaires ont laissé des traces. On a assisté à une chute marquée du nombre de volontaires entre 2020 et 2022, d’après Viviane Tchernonog, alors que la mobilisation reste solide du côté du sport et de la culture.

Pour mieux visualiser cette dynamique, voici les domaines qui regroupent la majorité des missions :

  • Sportif : véritable pilier, toutes générations confondues
  • Culturel et loisirs : missions très variées, attractivité accentuée chez les jeunes et les diplômés
  • Sanitaire et social : moins nombreux mais indispensables pour le lien social

Les études de Lionel Prouteau confirment cette concentration : ce trio de secteurs canalise l’essentiel de la vitalité bénévole. À côté, d’autres domaines restent nettement en retrait et peinent à susciter autant d’engouement.

Pourquoi certains domaines mobilisent-ils davantage l’engagement bénévole ?

L’engagement bénévole répond à des mécanismes propres, chacun nourri par des ressorts différents selon l’univers concerné. Dans le sport, ce sont la force du collectif, les temps réguliers de retrouvailles et le climat d’accueil qui favorisent l’intégration. Entraîneurs, arbitres, dirigeants locaux : sur le terrain, on apprend vite, chacun trouve sa place, indépendamment de l’expérience initiale.

Le secteur culturel séduit, lui, grâce à la diversité des projets et à la liberté d’initiative offerte. Les jeunes et les diplômés du supérieur, en particulier, s’y retrouvent : en 2025, 26 % des diplômés sont bénévoles, contre seulement 12 % parmi les moins diplômés. Les repères traditionnels sont ainsi bousculés, les visages de l’engagement changent.

Les profils bénévoles ne cessent d’évoluer : les 15-34 ans forment aujourd’hui 23 % des effectifs, alors qu’ils étaient 16 % en 2010. Dans le même temps, la proportion de volontaires de plus de 65 ans diminue. Les générations connectées découvrent de nouveaux points d’entrée grâce au numérique, là où les plus anciens continuent de privilégier le bouche-à-oreille pour s’engager.

Les femmes se tournent plus souvent vers des missions à horaires flexibles, en phase avec des emplois du temps éclatés. Les hommes investissent plutôt des fonctions plus cadrées et structurantes.

Les motivations avancées varient : envie de donner du sens à ses actions, souhait de développer de nouvelles compétences, sentiment d’utilité. Les dernières enquêtes approfondissent encore la frontière mouvante avec le monde salarié : les missions ont souvent une durée courte, n’impliquent aucune rémunération, mais s’accompagnent d’attentes croissantes en flexibilité et en reconnaissance. Un quart des personnes jusqu’ici éloignées du bénévolat envisage d’y passer, si horaires et valorisation sont au rendez-vous. L’engagement, aujourd’hui, se fait plus sélectif, moins linéaire, mais aussi plus affirmé, signe tangible des mutations en cours.

Jeune bénévole offrant un café à un senior dans un parc urbain

Zoom sur les tendances émergentes et les nouveaux besoins des associations

Le choc sanitaire a tout reconfiguré. Les données récentes de France Bénévolat et de l’IFOP montrent une chute de 10 % du nombre de bénévoles entre 2021 et 2022. Dans le même temps, l’engagement hebdomadaire régresse : seules 9,2 % des personnes investies maintiennent une présence régulière chaque semaine en 2023, contre 10,1 % quatre ans plus tôt. Le bénévolat s’adapte, se fragmente : chacun construit son parcours sur mesure, au rythme de ses envies et possibilités.

Dans ce contexte mouvant, la question centrale devient celle de la fidélité. Les associations affûtent leur stratégie d’accueil et d’accompagnement : formations dédiées, tutorat, meilleure reconnaissance des compétences acquises. Pour convaincre les jeunes ou ceux qui travaillent, il faut sans cesse inventer de nouveaux ressorts, jongler avec la technologie sans perdre la chaleur du lien humain. Les outils en ligne recrutent vite, mais la fidélisation demande bien plus : elle se cultive dans la durée et l’écoute.

Ces profondes évolutions du bénévolat dessinent de nouveaux modes d’organisation :

  • Professionnalisation : montée des attentes, développement de formations exigeantes
  • Ouverture à tous : brassage intergénérationnel, diversité de profils et de rythmes
  • Passerelles avec l’entreprise : multiplication du bénévolat en milieu professionnel, nouveaux modèles hybrides

Regardez le parcours des Restos du Cœur ou de City Year : pour durer, il faut transformer les façons de s’engager sans jamais perdre l’esprit d’entraide. Rares sont les associations qui relèvent le défi durablement ; celles qui y parviennent deviennent de véritables leviers de transformation. C’est ce souffle, fait d’histoire collective et d’agilité, qui donne au bénévolat sa vigueur, et laisse la porte grande ouverte aux prochaines générations.

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